Chapitre premier: Saïfia
Saïfia
L’été de l’année 1964 à Saïfia, la ville natale de Toufik, fut particulièrement chaud et ses jours désespérément longs. C’était vraiment ennuyeux. Il est vrai que c’était les grandes vacances mais Toufik ne les tolérait pas. Il était pressé de trouver le plutôt possible un emploi. Son diplôme était fraîchement soussigné. Il avait hâte de se libérer de sa dépendance vis-à-vis de sa famille. Il passa les trois dernières semaines du mois de Juillet à courir les administrations pour réunir les documents administratifs nécessaires à la constitution de son dossier. Il voulut le déposer sans tarder pour décrocher un emploi. Après ces démarches le mieux était de s’armer de patience.
Justement, c’était cette patience qui lui faisait défaut. Dans sa hâte de finir ses études il demeurait rarement désœuvré. Il étudiait même pendant les grandes vacances alors que ses camarades passaient leur temps à s’amuser. Il était si pressé et si impatient de trouver une situation qu’il était incapable de focaliser ses pensées sur autre chose.
Il dormait en moyenne une dizaine d’heures par jour. Il ne savait pas comment vaincre la monotonie quotidienne. Il passait le plus clair de son temps dehors en compagnie de ses camarades qui étaient dans leur majorité ses voisins. Ils se donnaient rendez-vous à la plage où ils passaient le plus clair de leur temps à nager, à jouer aux cartes ou au ballon. Cependant, leur meilleur passe-temps était celui de draguer les filles.
Le soir ils rentraient chacun chez soi pour se retrouver après le dîner dans un café traditionnel où ils passaient une partie de la nuit à jouer aux cartes, à fumer et à discuter. Quelquefois, pour se changer de leurs habitudes ils allaient chez l’un de leurs camarades qui s’était aménagé une chambre sur le toit de la maison de ses parents. Là-bas ils se sentaient plus tranquilles. Ils passaient de longues heures à fumer et à discuter avec passion. Ils ne se quittaient qu’à l’aube. Alors chacun rentrait chez lui pour dormir.
Contrairement à son habitude et à cause d’un léger mal de tête Toufik rentra chez lui sur le coup de trois heures du matin. Il prit une aspirine et aussitôt se coucha de peur que sa migraine n’empire. Il réussit à s’endormir. Mais son sommeil fut de courte durée. Il se retourna plusieurs fois dans son lit tout en s’efforçant de garder les yeux fermés de crainte de perdre le fil de son sommeil. Il avait laissé la fenêtre grande ouverte dans l’espoir de sentir entrer une brise qui atténuerait le poids de la lourde et invariable atmosphère qui l’oppressait, mais en vain. Il se réveilla plusieurs fois pour constater que son corps dégoulinait de sueur. Il sentit son pyjama trompé lui coller à la peau. C’était désespérant. Il geignait et soupirait d’impuissance avant de retomber dans un sommeil forcé.
Comme la fenêtre de sa chambre donnait sur la rue il lui fallut aussi endurer le bruit des moyens de transport et des passants qui profitaient de la fraîcheur matinale pour expédier les affaires pressantes. Pour atténuer ces bruits Toufik enfuyait sa tête sous son oreiller ce qui lui permettait souvent de prolonger son sommeil jusqu’aux environs de dix heures. Mais le moment qui lui paraissait le plus pénible de la journée était celui où il devait se décider à ouvrir les yeux. Il le faisait à contrecœur et avec beaucoup de précautions parce que sa chambre était inondée en ce temps là d’une lumière envahissante et aveuglante. Il lui fallait plusieurs minutes pour s’y habituer et admettre qu’une nouvelle et longue journée d’oisiveté l’attendait. Il parcourait les quelques mètres qui le séparaient de la salle de bain en traînant paresseusement les pieds. Seule l’eau froide de la douche le réveillait complètement et l’aidait à chasser la paresse qu’il traînait depuis son lit. Après sa toilette il descendait à la cuisine où Houria lui servait le petit déjeuner. Pendant qu’il mangeait la bonne s’activait pour préparer le déjeuner. C’était aussi l’occasion pour lui de faire un brin de causette avec elle. Quelquefois il trouvait sa sœur Yasmin dans la cuisine. Quand il la voyait avec son peignoir de soie, ses pieds nus et ses cheveux négligés il comprenait qu’elle aussi avait fait la grâce matinée. Elle préférait quand elle s’attardait dans la cuisine déguster des glasses dont elle était très friande. Houria les préparait spécialement pour elle. Farouk qui est son frère aîné était un lève-tôt. Il quittait la maison chaque matin après neuf heures pour aller passer le temps avec les membres de sa clique qui avaient pris l’habitude de se réunir dans une cabane au bord de la mère. Nadir, son frère cadet, passait beaucoup de temps à peindre dans sa chambre. Son père se rendait à son bureau et sa mère à son salon de coiffure.
23-10-2009
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