Rancœur
Elhaj Morad ralentit à contrecœur. Il est contraint de s'arrêter devant le cortège funéraire qui progresse lentement devant lui. De l'intérieur de sa luxueuse et confortable voiture il suit la progression de la foule bigarrée qui répète inlassablement d'une seule voix : « La Ilaha ill'Allah, Mohamadoun rassoul'Allah. »
Soudain, son attention se focalisa sur le Mehmel porté par quatre hommes, sur lequel gisait le mort dans un tissu blanc recouvert, pour le trajet, d'un drap vert brodé. « C'est sur un Mehmel comme celui-là que je t'enverrai en enfer fils de chienne ! », Balbutia-t-il en pensant haineusement à son rival Elhaj Mechrouhi qui venait ce matin même de lui rafler d'un coup sous le nez trois gros contrats de fruit.
Quelques coups de klaxon émis par des conducteurs impatients retentirent derrière lui l'avertissant que le cortège funéraire était passé et qu'il fallait bouger. Elhaj Morad leva les yeux sur son rétroviseur et un rictus figea sur son visage l'expression de toute l'agressivité qui bouillonnait en lui. Il actionna sa boite à vitesse et démarra en maugréant des insultes bien salées.